Falaises couvertes de pins plongeant dans la Méditerranée
Photographie — Port-Cros, Var
Le grand reportage · Var

Quarante-huit heures sur les Îles d’Or

Trois îles au large du Var, un carnet, et pas de billet de retour. Un week-end au ralenti à Porquerolles, Port-Cros et Le Levant — le Sud tel qu’on l’avait promis.

Par la rédactionHyères, Var
Printemps 202612 min de lecture

Il y a un morceau de côte varoise où le continent desserre son étreinte et où trois îles flottent juste au large. Porquerolles, Port-Cros, Le Levant — les Îles d’Or, nommées ainsi pour la manière dont le schiste capte le soleil tardif et vire, un instant, à l’or. Nous avons pris le premier bateau de La Tour Fondue avec un carnet et sans billet de retour, et nous sommes revenus deux jours plus tard convaincus d’avoir trouvé le Sud tel qu’on l’avait promis : le pin, le sel, et cette longue lumière d’après-midi que les peintres poursuivent sans jamais tout à fait l’attraper.

La traversée dure vingt minutes. Assez pour voir la presqu’île rétrécir, pas assez pour perdre l’odeur de la terre. Quand le ferry contourne la digue de Porquerolles, le village s’est déjà disposé comme un décor de théâtre — une place de platanes, une église couleur d’os, des vélos appuyés là où devraient être les voitures. Il n’y a pas de voitures. Ce seul fait réorganise tout le reste.

I. Porquerolles, à deux roues

Nous avons loué des vélos avant même d’avoir défait nos sacs. L’île fait à peine sept kilomètres de bout en bout, et tout ce qui mérite le détour — le phare, les vignes, les trois grandes plages de la côte nord — se rejoint sur un vélo de location à panier et aux freins douteux. Le chemin de la plage Notre-Dame file sous les pins parasols et le crissement sec des cigales ; elle a été élue deux fois plus belle plage d’Europe, un titre qu’elle porte sans la moindre foule pour le justifier en mai.

À l’intérieur des terres, le Domaine de la Courtade presse l’un des rosés les plus sérieux de Provence sur des terrasses couleur terracotta. Nous avons dégusté à une table à tréteaux sous un figuier, le vigneron versant un œil rivé sur un orage au loin, sur la mer, qui n’est jamais arrivé.

« Sur les Îles d’Or, l’absence de la voiture n’est pas une contrainte. C’est tout l’intérêt. »

Extrait du carnet · Jour un
Un petit port méditerranéen à l’heure dorée
Le vieux port au crépuscule — le dernier ferry est parti, et l’île respire.

II. Port-Cros, la sauvage

Si Porquerolles est l’île qui vous laisse entrer, Port-Cros est celle qui vous demande de bien vous tenir. C’est un parc national — le premier parc marin d’Europe — et cela se sent dans la discipline du lieu : sentiers balisés, pas de feux, un parcours de plongée tracé entre deux criques où les mérous ont appris qu’ils étaient en sécurité. Nous avons remonté le vallon de la Solède dans la fraîcheur du matin, le maquis se refermant au-dessus de nous, pour arriver au village de Port-Cros et y trouver peut-être quarante personnes et un seul restaurant faisant exactement ce qu’il fallait.

Le déjeuner fut une daurade entière, grillée, avec pour seul accompagnement de l’huile et un quartier de citron, mangée tandis que le bateau tirait sur son amarre un mètre sous la terrasse. C’est le genre de repas qui vous rend suspicieux envers chaque plat compliqué que vous avez jamais payé.

La Méditerranée au coucher du soleil
Coucher de soleil depuis la pointe ouest — le schiste vire à l’or, et les îles méritent leur nom.

III. Le Levant, et l’art de partir

La troisième île, nous l’avons surtout admirée depuis l’eau. Le Levant est partagé entre la marine française et l’une des plus anciennes communautés naturistes du pays, ce qui fait un voisinage improbable et un littoral qu’on apprécie mieux depuis le pont d’un petit bateau. Nous en avons loué un pour le dernier après-midi — un pointu en bois à moteur hors-bord, mené par un patron qui faisait cette boucle depuis trente ans — et nous l’avons laissé nous montrer les calanques que la carte des sentiers oublie.

À six heures, nous étions de retour au quai de Porquerolles, raidis de sel et hébétés de soleil, à regarder les excursionnistes s’engouffrer dans le ferry. Nous sommes restés. Il y a un plaisir particulier à être sur une île quand le dernier bateau part sans vous : la lumière s’adoucit, le village se vide, et pendant quelques heures le lieu appartient à ceux qui ont choisi de rester.

Le carnet pratique · The Practical Carnet

Préparer la traversée

Y aller
Les ferries pour Porquerolles partent de La Tour Fondue (presqu’île de Giens), toute l’année, 20 min. Port-Cros et Le Levant depuis Hyères ou Le Lavandou.
Quand venir
Mai–juin et septembre. En juillet–août, les bateaux du jour débarquent en nombre ; venez en semaine ou restez la nuit.
Où dormir
Le Mas du Langoustier, Porquerolles — un hôtel rose à la pointe ouest et sauvage de l’île, demi-pension, aucun voisin.
La table
La Pinde, Port-Cros — ce qui est sorti du bateau le matin même, grillé. Réservation par téléphone.
E
L’auteur · About the Author

Élise Marchand

Rédactrice voyage — basée à Marseille

Élise sillonne les routes secondaires du Midi pour le journal depuis le tout premier numéro. Elle paie ses propres chambres et ses propres déjeuners — et n’écrit que sur les lieux où elle reviendrait.

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